Lyhanna: Macron dénonce un "dysfonctionnement", réunion en cours à Matignon
Au lendemain de la découverte dans le Gers d'un corps étant probablement celui de Lyhanna, une collégienne de 11 ans disparue depuis le 29 mai, le président de la République a dénoncé vendredi un "dysfonctionnement inacceptable", alors qu'une réunion est en cours à Matignon.
"Il est clair qu'il y a un dysfonctionnement (...) et c'est inacceptable", a déclaré le chef de l'Etat, qui ne veut "entendre aucun argument de moyens dans cette affaire".
Les enquêtes administratives "très rapides" devront établir "les responsabilités collectives, systémiques et les responsabilités éventuellement individuelles et prendre toutes les mesures requises", a ajouté le président en visite au Monténégro pour un sommet entre l'UE et les pays des Balkans.
Réunis peu après 10H30 à Matignon, le Premier ministre Sébastien Lecornu ainsi que les ministres Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice) et David Amiel (Comptes publics) devaient "faire un point de situation" sur l'affaire et évoquer les éventuelles failles dans le traitement de plaintes pour viols visant l'homme soupçonné d'avoir enlevé Lyhanna.
Le Garde des Sceaux, qui s'exprimera vendredi soir au JT de TF1, a invité tous les procureurs généraux à se réunir à la Chancellerie lundi matin.
La direction de la gendarmerie a demandé jeudi soir de "lister" toutes les procédures relatives à des affaires sensibles concernant les mineurs et de "faire un point sur tous les actes d'enquête", selon un commandant de groupement de gendarmerie.
Jeudi, au sein d'une exploitation agricole, près du village de Puycasquier (Gers), "dans un espace écarté d'une vue directe, le corps paraissant être celui d'un enfant a été retrouvé, porteur de vêtements similaires à ceux que la mineure enlevée et séquestrée portait au moment de sa disparition", a indiqué le procureur d'Agen Olivier Naboulet.
L'autopsie doit permettre d'"identifier formellement le corps et proposer des conclusions médico-légales sur les causes de la mort", a précisé le procureur. Elle devra également déterminer si la victime a subi des violences sexuelles.
Père de deux enfants, le principal suspect, Jérôme B., un homme de 41 ans qui connaissait Lyhanna car elle était amie avec sa fille, a été mis en examen lundi pour enlèvement et séquestration, puis incarcéré. Il avait travaillé dans l'exploitation agricole dans laquelle a été retrouvé le corps, selon un responsable agricole gersois.
Depuis le début de la semaine, des révélations sur ses antécédents ont tracé un profil inquiétant, avec plusieurs signalements ou plaintes, notamment pour viol sur mineure.
Selon la procureure de la République d'Auch Clémence Meyer, il avait fait l'objet de plaintes en 2022 et 2025. La première a été classée sans suite. La seconde est toujours en cours.
Dans un communiqué diffusé par leur avocat, la famille a exprimé "le plus grand effroi".
Le député du Gers David Taupiac avait alerté, lors d'une question au gouvernement en avril 2025, sur les difficultés de fonctionnement du tribunal d'Auch, "confronté à une pénurie de magistrats et de greffiers, ainsi qu'à des dysfonctionnements informatiques répétés". "Ça a perturbé le travail de la justice", a déclaré le parlementaire à l'AFP vendredi.
- "Faillite" judiciaire -
En attendant les résultats de l'autopsie, plusieurs candidats à l'Elysée, potentiels ou déclarés, ont fait part de leurs critiques et posé la question de la prise en compte des témoignages d'enfants.
Le président du RN Jordan Bardella a accusé jeudi soir l'Etat qui a "lourdement failli".
"Notre système judiciaire est une faillite, il faut le réformer en profondeur", a estimé de son côté le président des Républicains et candidat pour 2027 Bruno Retailleau.
"Il faut créer un véritable principe de précaution face aux violences faites aux enfants", avec une "accélération des procédures" et des "responsabilités clairement établies en cas de défaillance", a déclaré pour sa part Edouard Philippe, prétendant Horizons à la présidentielle.
A gauche, la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, également candidate à l'Elysée, a elle dénoncé une affaire "symbole d'un système politico-judiciaire incapable de gérer le sujet des violences sexistes et sexuelles".
Le porte-parole de la Chancellerie Sacha Straub-Kahn a évoqué jeudi un "dysfonctionnement global, probablement de la chaîne de l'Etat".
Sur RTL vendredi, Eric Mouzin, père de la petite Estelle victime du tueur en série Michel Fourniret, a estimé "surréaliste" que les ministres de l'Intérieur et de la Justice "semblent découvrir l'existence de dysfonctionnements au sein de leur ministère", soulignant que la situation n'était pas "le fruit d'une évolution du dernier mois ou de quelques semaines", mais datait de bien plus longtemps.
Sur Franceinfo, le coordinateur de LFI Manuel Bompard a appelé à donner "des réponses politiques à la hauteur pour donner les moyens nécessaires aux enquêteurs sur ces sujets alors que le gouvernement n'a fait que les couper".
L.Olinger--LiLuX