Le Nobel de la paix à la Sud-Africaine Navi Pillay après une vie de combat, Trump furieux
Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la juriste Navi Pillay, octogénaire sud-africaine qui a lancé un plaidoyer pour le droit international attaqué de toutes parts, y compris le même jour par l'administration de Donald Trump qui a dénoncé une décision "honteuse".
Décrié par Israël et Donald Trump, le choix du comité Nobel norvégien a été suivi par l'adoption quelques heures plus tard de nouvelles sanctions par Washington à l'encontre de la Cour pénale internationale (CPI), pilier de l'ordre juridique mondial.
Âgée de 85 ans, a notamment présidé une commission d'enquête indépendante de l'ONU qui, l'an dernier, a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza.
Tout au long de sa carrière, la Sud-Africaine, née sous l'apartheid, a combattu les pires atrocités, au Rwanda, au Proche-Orient.
"Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l'objet d'attaques politiques importantes", a-t-elle alerté vendredi.
Jeune avocate d'origine indienne, fille d'un chauffeur de bus, diplômée de Harvard et devenue juge et Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU (2008-2014), Mme Pillay est réputée pour avoir l'art de traiter des dossiers difficiles.
Sa carrière l'a menée des cours sud-africaines, où elle a défendu les activistes anti-apartheid, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en passant par la CPI.
- Goebbels "applaudit depuis l'enfer" -
"La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide fassent l'objet de poursuites judiciaires", a fait valoir le président du comité Nobel, Jørgen Watne Frydnes, dans son annonce.
Placée sous sa présidence, une commission d'enquête qui ne s'exprime pas au nom de l'ONU a établi en septembre 2025 qu'Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du Hamas du 7 octobre 2023.
Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport "biaisé et mensonger" et accusé ses auteurs de parti pris antisémite.
Ce Nobel légitime "la haine anti-Israël", a réagi le ministère israélien des Affaires étrangères sur X, estimant que le chef de la propagande nazie, Joseph Goebbels, devait "applaudir depuis l'enfer".
Sur X, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a qualifié Mme Pillay de personne "sectaire" qui "diabolise les Juifs".
"C'est une tache indélébile sur la Norvège et les gens qui ont pris cette décision honteuse et embarrassante. Le prix Nobel de la paix a été discrédité à jamais par une poignée d'idéologues radicaux qui sont contre la démocratie et qui sont en réalité des ennemis de la civilisation", a déclaré pour sa part Donald Trump, en s'indignant aussi à nouveau de ne pas avoir été choisi pour le prix.
A l'inverse, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, les gouvernements sud-africain, français ou encore l'Autorité palestinienne ont salué l'annonce.
Dans ses attendus, le comité Nobel mentionne les travaux de Mme Pillay en lien avec le génocide au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie, mais ne mentionne pas spécifiquement Gaza.
"Nous ne sommes pas un tribunal", a déclaré M. Frydnes, interrogé sur ce point lors d'un entretien avec l'AFP.
En 2025, Mme Pillay avait confié son espoir que le rapport de la commission d'enquête donne lieu à des suites judiciaires.
"La justice est lente", avait-elle affirmé à l'AFP.
Mais "comme l'a dit (Nelson) Mandela, cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. Je considère qu'il n'est donc pas impossible qu'il y ait des arrestations et des procès" à l'avenir, avait-elle ajouté.
- Des premières historiques -
En 2024, la CPI a émis des mandats d'arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza.
En réponse notamment aux poursuites visant des responsables israéliens, Donald Trump a sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI et est allé plus loin le mois dernier en appelant les États membres à quitter cette institution "malfaisante".
Vendredi, Washington, qui ne reconnaît pas la compétence de la cour, a imposé de nouvelles sanctions à son encontre, invoquant sa volonté de "défendre la souveraineté américaine et ses citoyens".
Le Nobel est "un message clair adressé à ceux qui exercent des pressions sur ces institutions, à ceux qui sanctionnent les juges et s'attaquent aux institutions. Cela doit cesser", avait pourtant précisé M. Frydnes à l'AFP, quelques heures plus tôt.
P.Weber--LiLuX