Les Oscars débutent pour un duel serré entre "Une bataille après l'autre" et "Sinners"
Les Oscars ont débuté dimanche pour une cérémonie pleine de suspense, où "Une bataille après l'autre" et "Sinners" sont au coude-à-coude pour la statuette du meilleur film, et où les prix d'interprétation sont également très disputés.
La 98e cérémonie a démarré fort, grâce à l'humour de Conen O'Brien.
Le maître de cérémonie a fait état de "craintes quant à d'éventuelles attaques émanant à la fois du monde de l'opéra et de celui du ballet", en réaction aux récents propos polémiques de Timothée Chalamet sur ces arts attirant moins les foules que le cinéma.
Sans oublier un petit clin d'oeil à l'affaire Epstein, boulet politique de Donald Trump aux Etats-Unis.
"Sinners", auréolé d'un record de 16 nominations, et une "Une bataille après l'autre", nommé dans 13 catégories, peuvent chacun battre le record de statuettes (11), détenu conjointement par "Ben-Hur", "Titanic" et le troisième volet du "Seigneur des Anneaux".
Plongée démoniaque dans le blues des Afro-Américains, "Sinners" est signé Ryan Coogler, déjà connu pour "Black Panther". Le cinéaste pourrait devenir le premier Afro-Américain à remporter l'Oscar du meilleur réalisateur.
Mais pour s'imposer, son oeuvre hybride, à la fois film d'époque, conte de vampires et comédie musicale, doit renverser "Une bataille après l'autre", qui a remporté quasiment tous les prix précurseurs cette saison.
Ce thriller loufoque, où Leonardo DiCaprio incarne un ex-révolutionnaire gauchiste maladroit forcé de secourir sa fille aux mains d'un suprémaciste blanc, a dominé la quasi-totalité des prix précurseurs cette saison.
Fresque sur les dérives extrémistes des Etats-Unis, le film est plébiscité pour sa capacité à saisir les fractures politiques d'une Amérique irréconciliable, où tout se résout par les armes.
Son réalisateur, Paul Thomas Anderson ("There Will Be Blood", "Magnolia", "Licorice Pizza") a été maintes fois nommé aux Oscars, mais n'a jamais gagné.
Cela a poussé l'un des votants sollicités par l'AFP avant la cérémonie à lui accorder son bulletin.
"Il est temps", a-t-il confié, expliquant avoir voté "pour l'ensemble de son oeuvre".
Le choix a toutefois été "très difficile" et "cela ne veut pas dire que Ryan Coogler ne le mérite pas tout autant", a-t-il ajouté.
- Suspense chez les acteurs -
Chez les acteurs, la soirée à débuté par un Oscar du meilleur second rôle féminin pour Amy Madigan, glaçante en sorcière redoutable dans le film d'horreur "Evanouis.
L'Oscar de la meilleure actrice semble lui promis à Jessie Buckley, magistrale dans "Hamnet", où elle incarne l'épouse de William Shakespeare, bouleversée par la mort de son fils.
Mais le suspense reste entier chez les hommes.
Timothée Chalamet semblait destiné au prix du meilleur acteur, grâce à son incarnation d'un joueur de ping-pong à l'ambition démesurée dans "Marty Supreme".
Mais le Franco-Américain est en chute libre ces dernières semaines: la star de "Sinners" Michael B. Jordan, lui a notamment ravi l'Actor Award avec son double rôle de jumeaux mafieux se rebellant contre l'Amérique ségrégationniste.
"Jouer deux rôles est toujours difficile, et il s'en sort brillamment", a confié une autre votante à l'AFP, qui a pourtant apprécié la prestation de Leonardo DiCaprio, et celle de Wagner Moura dans "L'Agent Secret".
La concurrence est aussi rude pour le prix du second rôle masculin. Sean Penn pourrait décrocher un troisième Oscar d'interprétation pour son rôle de militaire caricatural et torturé par son racisme dans "Une bataille après l'autre".
Mais il est concurrencé par la coqueluche du cinéma d'auteur Stellan Skarsgard ("Valeur Sentimentale"), et le vétéran américain Delroy Lindo ("Sinners").
Quant à la catégorie meilleur film international, elle est également imprévisible.
Les deux favoris sont "Valeur Sentimentale", récit du Dano-Norvégien Joachim Trier sur l'amour imparfait entre un père réalisateur et ses filles, et "L'Agent Secret", du Brésilien Kleber Mendonça Filho, chronique de l'atmosphère poisseuse sous la dictature auriverde des années 70.
Ils semblent mieux positionnés que la Palme d'or cannoise, "Un simple accident", du dissident iranien Jafar Panahi, choisi pour représenter la France aux Oscars.
Pour l'Oscar du meilleur film d'animation, le phénomène Netflix "KPop Demon Hunters" a tué le suspense dès les premières minutes de la soirée en raflant ce prix. Sa chanson phare "Golden" fera partie des numéros musicaux qui rythmeront la cérémonie.
J.Faber--LiLuX