Niel et Pigasse font le procès de la commission sur l'audiovisuel public, "un cirque"
Les entrepreneurs et hommes de médias Xavier Niel et Matthieu Pigasse ont dressé un sévère réquisitoire de la commission d'enquête sur l'audiovisuel public lors de leur audition jeudi, qui a tourné à l'échange virulent avec son rapporteur, le député ciottiste Charles Alloncle.
Xavier Niel, fondateur et actionnaire principal d'Iliad (Free), et Matthieu Pigasse, propriétaire des Inrocks et de Radio Nova, étaient convoqués en tant que co-fondateurs et actionnaires de Mediawan, l'un des leaders européens de la production audiovisuelle et un prestataire de programmes pour le groupe public France Télévisions ("C à vous", "C dans l'air").
Une audition attendue car le rapporteur de la commission a reproché à de nombreuses reprises à Mediawan de se tailler la part du lion dans les contrats avec France Télé, alors que Matthieu Pigasse ne cache pas son hostilité envers le RN, dont l'UDR de Charles Alloncle est un allié.
Dans ce contexte, Xavier Niel a adopté d'emblée un ton très offensif avec "Charles-Henri Alloncle" (son patronyme complet), qu'il a accusé d'avoir "transformé (la) commission en cirque".
- Maxim's -
"Vous avez propagé beaucoup d'approximations, de fake news, de mensonges ici et sur vos réseaux sociaux, sans aucune forme de contradictoire", a attaqué M. Niel, déplorant que la commission soit devenue "une tribune pour parler à (l')électorat" du député proche de l'extrême droite.
Cible de la colère de Xavier Niel, la publication sur X par Charles Alloncle d'une fausse affirmation selon laquelle Mediawan aurait "privatisé" le restaurant parisien huppé Maxim's pour fêter "la reconduction de Delphine Ernotte à la tête de France Télévisions".
La veille, l'animateur de France Inter et France Télévisions Nagui s'était déjà emporté contre les "insinuations" du rapporteur sur sa fortune.
Depuis le début des travaux de la commission, créée à la demande de l'UDR, Charles Alloncle a multiplié les attaques sur l'opacité supposée, les biais de gauche et la "gabegie" financière de l'audiovisuel public, faisant la une de magazines proches de la droite et de l'extrême droite, comme le "JDNews" ou "L'Incorrect".
Jeudi, il est resté de marbre face aux deux hommes d'affaires, déroulant ses questions sur la présence du fonds américain KKR au capital de Mediawan, ou des épisodes de conflits d'intérêts à ses yeux entre le groupe audiovisuel et France Télévisions.
Charles Alloncle a ainsi pointé des interventions du régulateur de l'audiovisuel, l'Arcom, après des invitations de Xavier Niel dans l'émission "C à vous" sur France 5 pour présenter la nouvelle "Freebox Ultra", ou de Matthieu Pigasse en tant que "chef d'entreprise" sur le plateau d'une émission politique de France 2, sans préciser son positionnement politique ni son rôle chez Mediawan.
- Bientôt la fin -
"L'Arcom c'est quand ça vous arrange", a rétorqué Xavier Niel, en relevant les critiques de Charles Alloncle contre l'autorité publique quand elle épingle les médias dans le giron du milliardaire conservateur Vincent Bolloré.
De manière générale, Xavier Niel et Matthieu Pigasse ont tressé des lauriers à l'audiovisuel public, financé à hauteur de 4 milliards d'euros par l'État.
Également auditionné, le président de KKR France, Jérôme Nommé, a relativisé l'importance de France Télévisions pour Mediawan, en indiquant que les 110 millions d'euros de programmes vendus par an représentent "moins de 5% du chiffre d'affaires" du groupe audiovisuel au niveau mondial. Il a aussi assuré que le fonds américain n'était pas en mesure de prendre le contrôle de Mediawan.
Mais MM. Niel, Pigasse et Nommé ont opposé le secret des affaires sur la répartition du capital du groupe, ce que Charles Alloncle n'a pas manqué de relever.
Avec Mediawan, qui a racheté de nombreuses sociétés de production européennes et a mis un pied à Hollywood, "vous avez un champion mondial", "et j'ai l'impression que pour vous c'est louche, des entrepreneurs français qui réussissent", a tempêté Xavier Niel contre le député.
Mediawan se targue d'être derrière de nombreux succès comme la série "Adolescence" sur Netflix ou les films "Le comte de Monte-Cristo" ou "F1".
Démarrée fin novembre, la commission d'enquête sur la "neutralité" et le "financement" de l'audiovisuel public achève ses auditions la semaine prochaine.
Y.Erpelding--LiLuX