Grand Paris: à 30 mètres sous terre, le tunnelier "Rita" prêt à s'élancer
Dans une fosse à 30 mètres de profondeur, "Rita", l'un des derniers tunneliers du Grand Paris Express, est déjà collé contre la paroi, prêt à creuser son tronçon.
Baptisé lundi soir, d'un prénom féminin selon la coutume - en hommage à Saint-Barbe, patronne des mineurs -, cet immense train foreur de 95 mètres de long s'élancera fin mai pour relier Bobigny à Bondy, un des segments de la future ligne 15 Est.
Autour de l'énorme machine, au fond de la fosse, des ouvriers s'affairent: ils ne seront pas moins de 25, en équipe de 3/8, à accompagner son avancée 24 heures sur 24.
Au fur et à mesure que le tunnelier s'enfoncera dans son trou, des voiturettes seront mises en place pour ramener les ouvriers à leur base de départ. L'engin remorquera des sanitaires et même une cafétéria pour ceux qui disparaîtront avec lui dans plusieurs kilomètres de tunnel.
Elus locaux et responsables du chantier sont venus dévoiler le nom de l'engin, cérémonie obligée avant le début de son lent périple souterrain sur 5,2 km.
Construit sur mesure en Allemagne par le groupe Herrenknecht et acheminé en décembre sur ce site "Normandie-Niémen", entre Drancy et Bobigny, "Rita" est le 35e tunnelier mis en service depuis le début du chantier pharaonique des lignes du Grand Paris Express, vers 2015. Il a reçu le nom d'une ingénieure du groupement de travaux Corea.
- Deux ans et demi à creuser -
Les travaux des quatre nouvelles lignes de métro (15, 16, 17 et 18) s'achèveront en 2031, en ayant fait tourner 42 tunneliers au total - tous allemands, sauf deux chinois - pour creuser 180 km de tunnel sur les 200 km de parcours.
Arrivé en pièces détachées, le tunnelier a été assemblé au fond du puits, en commençant par sa grande roue foreuse, sorte de vis plate géante de 10 mètres de diamètre, puis tout son train arrière.
Quand Rita "partira", selon le vocabulaire du chantier, il n'y aura ni bruit assourdissant ni sol tremblant: si profondément sous terre, un piéton en surface ne s'apercevra de rien. Contrairement au métro parisien qui n'est parfois qu'à 3 ou 4 mètres sous nos pieds, explique Gaëtan Chelles, directeur de projet pour Corea, groupement mené par Eiffage.
Le tunnelier démarrera d'ici fin mai à une allure de 12 mètres par jour et creusera durant deux ans et demi, pour arriver en octobre 2028 à Bondy, sa destination finale, a précisé la Société des grands projets, maître d'ouvrage. Le tronçon 15 Est comprendra 12 gares, dont celle de Bobigny-Picasso, reliée à la ligne 5 du métro parisien.
Si le tronçon sud de la ligne 15, déjà creusé, sera mis en service dès avril 2027, les tronçons est (de Saint-Denis-Pleyel à Champigny-sur-Marne) et ouest (de Pont de Sèvres à Saint-Denis-Pleyel) n'ouvriront qu'en 2031. La ligne 15, clé de voûte du projet, fera alors une grande boucle autour de Paris.
Ce site de Normandie-Niémen verra aussi arriver en 2027 le tunnelier Marine (du nom d'une collaboratrice de la Société des grands projets), en provenance d'Aubervilliers, après deux ans de forage.
Pour le maire de Bobigny, Abdel Sadi, "la ligne 15 va révolutionner notre territoire" car "la ville a la chance d'accueillir trois gares de cette ligne".
"Il a fallu batailler, se mobiliser longtemps pour s'assurer de son tracé et de ces gares", s'est souvenu le président du département de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel.
La Seine-Saint-Denis accueillera 22 gares du Grand Paris Express, a-t-il rappelé, qui permettront un accès facilité à l'emploi, à la culture, aux autres lignes de transport, aux opportunités de logement ainsi que des durées de transport considérablement raccourcies.
"De Bobigny à Pleyel en 8 minutes, de Bobigny à la mairie d'Aubervilliers en 8 minutes. C'est dire à quel point ça va tout changer dans la vie quotidienne des gens et dans l'attractivité du territoire", a-t-il conclu.
L.Majerus--LiLuX