Traitement des allergies: Stallergenes Greer investit fortement en France
Les allergies aux acariens, aux graminées et aux poils de chats perturbent des millions de Français: l'un des leaders des traitements de désensibilisation, le laboratoire suisse Stallergenes Greer, annonce lundi 125 millions d'investissements d'ici 2030 sur son site majeur de production en région parisienne.
Fait dans le cadre du sommet annuel Choose France porté par le président Emmanuel Macron, cet investissement doit permettre "un doublement" de la capacité industrielle du site d'Antony, dans ce marché en croissance, selon la direction.
Stallergenes Greer développe des traitements de désensibilisation contre les allergies sévères dues aux acariens, graminées, arbres (bouleau, noisetier, aulne ...), chats, moisissures ou encore venins de guêpes et d'abeilles. Des traitements remboursés en France à hauteur de 30% par l'Assurance maladie.
Le principe de la désensibilisation consiste à rééduquer progressivement le système immunitaire: la prise initiale est faiblement dosée avant d'être progressivement augmentée pour développer une tolérance qui réduit les symptômes lors de l'exposition aux allergènes. Généralement il est recommandé de suivre le traitement au moins trois ans.
En France, le groupe s'appuie sur les 36 allergènes principaux identifiés pour fabriquer des traitements sur mesure: composition, concentration et dosage sont définis par les prescriptions des allergologues. Les flacons sont ensuite conditionnés, étiquetés au nom du patient et expédiés directement à son domicile.
Créé en 1962 par l'institut Mérieux, Stallergenes Greer emploie 610 collaborateurs dans l'Hexagone, près de la moitié de ses effectifs mondiaux, dont près de 400 dédiés aux activités industrielles. Le groupe y prévoit cette année une hausse de 12% des effectifs pour soutenir le développement de l'activité.
Depuis cinq ans, la filiale française a enregistré "une croissance de plus de 10% par an", a souligné devant la presse son président, Dominique Pezziardi, qui anticipe "au moins" la poursuite de cette trajectoire.
En 2024, son chiffre d'affaires a atteint 230 millions d’euros en France, où les personnes allergiques sont environ 18 millions.
- 40 milliards d'acariens par an -
L'entreprise produit et transforme elle-même ses matières premières.
Sur son site d'Amilly (Loiret), elle exploite "un peu plus de 100 hectares plantés en graminées" et utilise "de très gros tracteurs avec des aspirateurs pour récolter le pollen", détaille Julien Storaï, directeur des opérations pharmaceutiques de la filiale française. La "quinzaine d'employés" se charge du suivi des cultures et de la transformation des pollens en préparations pharmaceutiques.
Elle y élève aussi 40 milliards d'acariens par an dans des incubateurs où ils sont nourris plusieurs mois avec un mélange de protéines végétales.
Ces organismes microscopiques, qui nichent dans les oreillers et matelas, sont la première cause d'allergie respiratoire devant les graminées et les poils de chat: sur les 50.000 espèces existantes, 15.000 peuvent provoquer une réaction allergique.
A Amilly, l'équipe se focalise sur trois principales espèces: "les acariens de poussière DPTE et DEFAR responsables de 95% des allergènes et Blomia tropicalis, prévalente" en outre-mer, détaille Céline Gaillac, responsable de production matières premières.
Les acariens sont congelés, lyophilisés et broyés pour obtenir une poudre à mélanger à une solution d'extraction pour isoler les allergènes.
Pour les poils de chat, la société "a développé des réseaux de collecte en Europe et aux Etats-Unis avec les toiletteurs et travaille avec les vétérinaires", précise M. Storaï.
A Antony, les extraits allergéniques sont alors transformés en traitements sous forme de gouttes ou de comprimés à garder sous la langue.
Les allergies progressent fortement sous l'effet notamment du changement climatique et de la pollution.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévoit que la moitié de la population mondiale souffrira d'allergies à l'horizon 2050.
Deux champions mondiaux, le danois ALK et Stallergenes Greer, se partagent le marché de l'immunothérapie allergénique, évalué à plus de 1,2 milliard d'euros, tandis que les autres acteurs restent positionnés sur des marchés régionaux.
Stallergenes Greer, détenu par le fonds B-Flexion de l'entrepreneur suisse Ernesto Bertarelli, vise aussi la Chine comme "axe de croissance". L'an dernier, il a noué un partenariat avec le laboratoire chinois Nuance Pharma pour y commercialiser d'ici 2029 son comprimé contre la rhinite allergique induite par les acariens.
L.Olinger--LiLuX