À La Réunion, la seconde main s'impose face au coût de la rentrée scolaire
À La Réunion, où 36% de la population vit sous le seuil de pauvreté et où le coût de la vie est plus élevé que dans l'Hexagone, les initiatives se multiplient pour aider les familles à la rentrée, en faisant la part belle aux fournitures scolaires de seconde main.
Les bras chargés de jeux et de livres ayant appartenu à ses petits-enfants, Béatrice pousse la porte de l'espace Trokali, installé au sein de la déchetterie de Saint-Leu, dans l'ouest de La Réunion.
Dans cet espace brocante où s'entassent vêtements, livres et objets du quotidien, elle vient déposer ce dont elle n'a plus l'usage avant la rentrée scolaire, prévue dès mardi pour les élèves.
"Pour moi, l'objectif est surtout de me débarrasser des affaires que je n'utilise plus", témoigne-t-elle. "Mais il m'est aussi arrivé de trouver des vêtements pour les enfants".
Pour cette habitante de Saint-Leu, l'autre bonne nouvelle du jour porte un nom: "Trok'ékol".
Entre juin et août, cette opération invite les Réunionnais à donner le matériel scolaire dont ils n'ont plus l'utilité afin qu'il puisse profiter à d'autres familles.
Pour Béatrice, institutrice en maternelle bientôt à la retraite, l'opération est l'occasion de vider "une pièce entière remplie de classeurs, cahiers, feutres et livres" accumulés au fil de ses 42 années d'enseignement. Mais aussi de contribuer, à son échelle, à alléger la facture de rentrée de familles voisines.
"Les prix ont énormément augmenté", estime-t-elle. "Les cartables sont devenus très chers. Et le moindre cahier coûte désormais quatre euros. C'est un énorme budget".
"On incite les habitants à donner les fournitures scolaires qu'ils n'utilisent plus pour que ceux qui en ont besoin puissent récupérer gratuitement des cahiers, des stylos ou des classeurs", souligne Nicolas Guérin, directeur de l'environnement au sein du Territoire de l'Ouest, à l'initiative de cette opération déployée dans cinq déchetteries de l’ouest.
À La Réunion, les familles les plus modestes bénéficient de la même allocation de rentrée scolaire (ARS) que celles de l'Hexagone, soit environ 448 euros par enfant en moyenne. Mais elles doivent composer avec un coût de la vie supérieur de 9% à celui de la métropole, selon l'Insee. Le département reste, par ailleurs, le troisième le plus pauvre de France, derrière Mayotte et la Guyane: environ 36 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté, contre 15% en France métropolitaine.
- "Outil de lutte contre la pauvreté" -
Face à ces difficultés, les initiatives de solidarité et de réemploi se multiplient.
L'association Le Rézo' Kréol vient de lancer une vaste collecte destinée aux familles en difficulté financière, avec pour objectif de réunir vêtements et fournitures scolaires pour les redistribuer gratuitement.
Dans le sud, l'ouest et le nord de cette île de l'océan Indien, l'association Ti Tang Récup récupère des vêtements toute l'année et les revend à bas prix, au kilo. "L'enjeu pour nous est de valoriser les vieux linges tout en proposant un outil de lutte contre la pauvreté", explique Sylvie Bruno, qui a créé la structure il y a douze ans.
Au-delà de l'aide apportée aux familles, ces initiatives répondent aussi à un enjeu environnemental: éviter que des objets encore utilisables ne terminent à la poubelle.
"Nous sommes sur un territoire insulaire où énormément de déchets sont encore enfouis. Nous cherchons donc des solutions pour favoriser le réemploi des objets du quotidien", souligne Karim Juhoor, le maire de Saint-Leu, qui souhaite "multiplier ce type d'initiatives".
Un constat particulièrement préoccupant dans un département confronté à la saturation de ses capacités d'enfouissement.
Dans un rapport publié en août 2025, la chambre régionale des comptes Réunion-Mayotte pointait ainsi la saturation des deux centres d'enfouissement de l'île et les marges de progression encore importantes en matière de valorisation des déchets.
Selon elle, "jusqu'à 80% des déchets présents dans les poubelles réunionnaises pourraient être valorisés Pourtant, le taux de valorisation ne dépasse pas 38%".
Parmi les freins identifiés figurent le manque de déchetteries et "la méconnaissance des gisements de déchets à récupérer par les différentes filières".
R.Decker--LiLuX