Forfaits, smartphones, montres: le nouveau marché qui promet de mieux protéger les enfants
Pouvoir joindre son enfant par téléphone tout en le protégeant des écrans : face aux volontés parfois contradictoires de nombreux parents, des acteurs de la tech, des télécoms aux fabricants de smartphones, proposent désormais des offres dédiées aux plus jeunes.
Cartables, trousse, crayon… et téléphone ? A l'heure du retour en classes, de nombreux collégiens et lycéens ont été équipés d'un smartphone. Parfois pour la première fois.
"On a décidé de leur en donner un à partir de la classe de quatrième", témoigne Lise, 49 ans, cadre à Nantes, qui vient d'acheter un smartphone pour son fils cadet de 12 ans.
"On a tenu jusque-là, et la pression était assez forte", poursuit cette mère de deux enfants.
Pour attirer ces nouveaux clients, des offres à destination des plus jeunes, encore inexistantes il y a quelques années, ont fleuri chez trois des quatre opérateurs français.
Les débats sur le temps d'écran et les dangers des réseaux sociaux pour les ados sont omniprésents en cette rentrée, marquée par l'interdiction du portable au lycée, comme c'était déjà le cas au collège.
"Je suis un peu anti-téléphone, ça me fait peur en fait les addictions, le cyberharcèlement...", témoigne auprès de l'AFP Elen Guy, Parisienne de 45 ans, ingénieure de recherche à l'université et mère de trois enfants, qui vient finalement d'acheter un téléphone à son fils aîné de 14 ans.
Dans ce contexte, les opérateurs font des promesses qui se veulent rassurantes. Orange propose par exemple un forfait doublé d'un service de "protection enfant", incluant notamment une alerte cyberharcèlement pour détecter les messages "toxiques" sur les réseaux sociaux et sauvegarder les éventuelles preuves.
Bouygues Telecom a quant à lui lancé en juin un "mode enfant", afin notamment de filtrer les recherches en ligne, de géolocaliser son enfant, ou de bloquer les réseaux sociaux, pour l'option avancée.
- Montres connectées -
Les parents réticents peuvent aussi choisir une montré connectée, ou des téléphones adaptés, plutôt qu'un smartphone classique.
Chez Bouygues Telecom, on vante ainsi une montre destinée à "retarder l’âge du premier smartphone", en promettant, comme chez SFR, le blocage des réseaux sociaux et la géolocalisation.
En parallèle, plusieurs entreprises se sont aussi spécialisées sur ce segment.
Neow vend depuis 2025 des "téléphones sans internet pour adolescents". "On a voulu simplifier le modèle pour aider les parents à s'y retrouver" explique ainsi Eric Haddad, directeur général de l'entreprise de téléphonie mobile HEM France, à l'origine de cette marque.
Sur ces appareils, un logiciel développé par Neow remplace l'interface et le magasin d'applications traditionnels, empêchant l'accès aux réseaux sociaux et à un navigateur internet sans accord exprès des parents.
- Contrôle parental obligatoire -
Le français SmarTeen, qui intègre sa propre interface à des téléphones Samsung, assume quant à lui d'empêcher le téléchargement de tout réseau social, même avec l'accord des parents.
En plus d'un blocage du temps d'écran défini par défaut, l'entreprise propose un navigateur internet "sécurisé". "On bloque entre 1.000 et 1.500 sites par jour", assure le fondateur de la marque, Jihed Souri, qui emploie six personnes pour la modération et la vérification des applications.
Des initiatives qui trouvent progressivement leur public. SmarTeen revendique 20.000 téléphones vendus, notamment commercialisés par Orange Réunion et Caraïbe, et Neow 40.000 appareils, désormais distribués chez SFR.
La plupart des parents continuent toutefois de se tourner vers des modèles classiques, d'autant que l'accès à une fonctionnalité de contrôle parental est obligatoire sur tous les smartphones depuis 2024.
De la même manière qu'Apple propose des comptes enfants, les smartphones Android sont ainsi équipés d'un outil baptisé Family Link.
"On est vraiment partis sur quelque chose de très simple, effectivement avec un contrôle parental, mais j'ai tout installé via Google", témoigne Julien Moussier, journaliste à Grenoble, qui a acheté le premier smartphone de son fils, tout juste entré en sixième.
Dans son rapport remis en avril 2024, la commission Enfants et écrans recommandait quant à elle de ne pas fournir de téléphone aux enfants de moins de 11 ans, et de ne pas fournir un téléphone avec internet aux moins de 13 ans.
R.Schiltz--LiLuX