Une vendange 2026 historiquement basse, contrastée régionalement
Entre canicules historiques et mesures d'arrachage, la production viticole devrait de nouveau reculer en 2026 en France à un niveau historiquement bas, les estimations officielles montrant cependant un contraste entre le sud et le nord du pays.
A près de 35 millions d'hectolitres (mhl), cette vendange serait réduite de 2 % par rapport à la récolte déjà peu abondante de 2025 et de 14 % par rapport à la moyenne 2021-2025, selon des estimations au 1er octobre publiées mercredi par le ministère de l'Agriculture.
D'après l'Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), qui tient les statistiques mondiales de la production et de la consommation de vin, la France avait déjà enregistré en 2025 sa plus faible production depuis 1957.
Cette nouvelle baisse tient à la fois au recul des surfaces cultivées et aux rendements amoindris par un été chaud et sec.
Les surfaces ont été réduites de 1,9 % sur un an, sous l'effet d'un plan gouvernemental de soutien à l'arrachage de vignes - arrachage total, avec cessation d'activité des viticulteurs, ou partiel pour permettre de réorienter l'activité viticole.
A cela s'est ajoutée la sécheresse, tandis que les épisodes caniculaires provoquaient brûlures et flétrissements de baies, décrit le service des statistiques du ministère (Agreste).
Pour autant, les estimations de récolte ont été revues à la hausse par rapport à début septembre (34,9 mhl et non plus 33,9 mhl), les pluies de fin d'été ayant atténué ces impacts notamment en Languedoc-Roussillon où les rendements se révèlent meilleurs que prévu.
Dans cette région, malgré une baisse de 3 % des surfaces, la récolte augmenterait de 20 % par rapport à la très faible vendange 2025, marquée déjà par la canicule, et serait au-dessus de la moyenne quinquennale (+2 %).
- Hétérogénéité "jamais" vue -
Même mouvement dans le Bordelais, où malgré -5 % de surfaces cultivées, la production progresserait de 10 % par rapport au niveau très bas de 2025. Cela reste toutefois inférieur de 11 % à la moyenne 2021-2025.
Dans le Sud-Ouest, la production serait à +12 %, près de la moyenne 2021-2025, avec des rendements variables selon les départements, l'âge des vignes, les pluies... Bilan contrasté aussi dans le Sud-Est, selon les zones de précipitations.
Plus au nord, en Champagne, les vendanges précoces, achevées début septembre pour la première fois, confirment en revanche une production réduite de moitié par rapport à 2025 et à la moyenne quinquennale, note Agreste.
En Bourgogne et dans le Beaujolais, elles s'annoncent inférieures de 22% à 2025 et de 30% à la moyenne quinquennale. En Val de Loire, la baisse de production est de 7% sur un an, avec un poids de baies historiquement bas mais des rendements variables selon les sols, l'âge des vignes, les précipitations...
C'est "une hétérogénéité que je n'ai jamais connue", commente Jérôme Despey, président du conseil spécialisé vin de l'établissement public FranceAgriMer et viticulteur dans l'Hérault.
Dans le Sud, "on voit que la vigne a été plus résiliente au climat", dit-il. "Peut-être parce que nous avions déjà eu des sécheresses, des +coups de chalumeau+. Donc depuis 5-6 ans nous avons un peu adapté notre façon de conduire le vignoble : on a moins effeuillé, moins écimé, pour que la feuille protège le raisin" par exemple.
Les régions méridionales ont aussi bénéficié de pluies jusqu'en mai, qui ont permis à la vigne de faire des réserves.
Quelles que soient les régions, le ministère comme le secteur soulignent en tout cas l'"excellent état sanitaire" de la récolte, préservée des champignons et autres maladies liées à l'humidité.
L'absence de pression liée aux précipitations a aussi permis aux vignerons de vendanger au moment opportun, à un "degré de maturité optimale", ajoute M. Despey, pour qui les vendanges se sont passées "sous les meilleurs auspices pour faire en tout cas, en qualité de vinification, un excellent cru en 2026".
En Champagne, le producteur Claude Mandois indique avoir récolté en volume les trois quarts d'une production moyenne. Mais "on a fait une bonne année", estime-t-il, car "qualitativement, on a eu au niveau visuel, gustatif, une vendange exceptionnelle".
E.Klein--LiLuX