La petite seconde en plus, c'est fini !
Il ne sera plus jamais 23:59:60 sur votre téléphone: la seconde "intercalaire" qui servait à ajuster le temps donné par les horloges atomiques avec celui lié à la rotation terrestre va disparaître dès 2027.
Depuis sa mise en place en 1972, 27 secondes intercalaires ont été ajoutées de façon irrégulière au temps universel coordonné, la dernière le 31 décembre 2016.
Réunie à Versailles (région parisienne), la Conférence générale des poids et mesures (CGPM), gardienne des normes internationales en la matière, a voté jeudi pour supprimer ces sauts de puces à compter du 20 mai prochain.
Une décision prise pour éviter les difficultés posées par la prise en compte de cette seconde intercalaire dans les systèmes informatiques, qui risquaient un gros bug dès l'année prochaine.
Combien dure une seconde ? Depuis 1967, les scientifiques se basent sur le "tic-tac" des atomes, qui émettent des rayonnements électromagnétiques extrêmement réguliers, pour calculer l'unité de temps.
Ce Temps universel coordonné (UTC), mesuré grâce à des horloges atomiques, est le seul à faire foi. C'est celui que l'on retrouve dans tous nos appareils connectés.
Mais il ne correspond pas exactement au temps lié à la rotation de la Terre, celui que "nous, habitants de la Terre, percevons", a rappelé à l'AFP Thomas Grenon, directeur général du Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE).
Dans cette échelle de temps, appelée UT1, la seconde correspond à une fraction d'un jour solaire moyen. Or la rotation de la Terre n'est pas constante: les effets de marées dus à l'attraction de la Lune et du Soleil et les mouvements des fluides à l'intérieur du noyau de notre planète font varier très légèrement la durée du jour.
Pour que le temps officiel ne diffère pas trop du temps "solaire", la communauté internationale a créé en 1972 des secondes dites "intercalaires".
- Seconde négative -
Quand la différence entre les deux temps approche 0,9 seconde, une seconde est ajoutée à l'UTC. Après 23:59:59, l'horloge de votre smartphone ne passe pas directement à 00:00:00 comme d'habitude, mais affiche 23:59:60.
Cette correction irrégulière est calculée et annoncée moins de six mois à l'avance. Ce qui rend difficile sa prise en compte par les systèmes informatiques et de télécommunications qui ont pris une place centrale dans nos infrastructures au cours des 50 dernières années.
Une réforme du système devenait d'autant plus urgente que se profilait pour la première fois à l'horizon une possible seconde intercalaire négative.
"Depuis quelques temps, pour des raisons très complexes qu'on n'explique pas bien et qui sont surtout imprévisibles, la rotation de la Terre a tendance à accélérer", a expliqué M. Grenon.
Si cela se confirmait, il aurait fallu pour la première fois retirer une seconde, au lieu d'en ajouter une comme les fois précédentes.
Or, des simulations ont montré que "de nombreux appareils ne gèrent pas correctement ce cas", a rappelé devant la CGPM Douglas Arnold, président du groupe d'experts qui définit la norme internationale permettant la synchronisation des horloges des réseaux informatiques.
En cas de seconde négative, on pouvait "s'attendre à de nombreuses défaillances dans les infrastructures critiques (réseaux électriques, défense, transports, finance, télécoms...) entraînant des pertes financières considérables et des risques potentiels pour la sécurité du public", a-t-il ajouté.
A compter du 20 mai 2027, l'UTC deviendra donc continu, c'est-à-dire qu'il ne sera plus soumis aux sauts de puces irréguliers des secondes intercalaires.
Le temps officiel et le temps terrestre vont diverger lentement, sans qu'aucune mesure ne soit prise jusqu'à une limite maximale fixée à une heure par la CGPM.
Mais "il faudra de nombreux siècles pour atteindre" un tel décalage, a assuré Noël Dimarcq, président du Comité consultatif du temps et des fréquences (CCTF) en présentant la résolution devant la Conférence générale des poids et des mesures.
U.Kremev--LiLuX