La canicule "se poursuit", malgré les prémices d'un répit
Une partie de la France, étourdie par la chaleur, s'apprête samedi à prendre sa première bouffée d'air depuis le début d'un épisode caniculaire d'une ampleur exceptionnelle, qui met à rude épreuve le système de santé et dont les dégâts se font jour progressivement.
Depuis une semaine, la canicule d'une violence inédite qui a vu se succéder les journées et les nuits les plus chaudes jamais enregistrées, a durement touché les organismes des Français et continue de provoquer des conséquences en cascade, entre annulations d'événements culturels et sportifs, mortalité en hausse et hôpitaux au bord de la rupture.
Prémices du répit à venir, 50 départements sont toujours placés en vigilance rouge canicule samedi, mais onze de moins que la veille, selon le dernier bulletin de Météo-France.
Et dix-sept autres doivent être rétrogradés en vigilance orange dans la soirée de samedi, à la faveur d'un "air plus frais" venu de l'ouest.
Mais Météo-France prévient: "la canicule se poursuit" et les températures "resteront très élevées sur la majeure partie du pays ce week-end", accompagnées d'orages parfois violents.
Bref, la France n'en a pas fini avec la canicule, qui se déplace vers le nord-est, où de nouveaux records de chaleur absolus ont encore été battus vendredi, notamment dans le Bas-Rhin qui a enregistré le premier 40°C de son histoire.
Les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, causé principalement par la combustion d'énergies fossiles par les humains.
- Jeunes et âgés à l'hôpital -
Hôpitaux, médecins, services de secours, le phénomène climatique a mis tout le système de santé sous tension.
La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a affirmé vendredi qu'elle s'attendait à des "décès" dans les jours qui viennent, se disant particulièrement préoccupée par la survenue de décès à domicile.
"Evidemment, on voit des décès arriver, on voit surtout une augmentation de l'activité aux urgences, une augmentation de l'activité aux SAMU, chez les médecins de ville", a-t-elle ajouté.
"La pression hospitalière se prolongera plusieurs jours", a prévenu Matignon, alors que l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France a déclenché un "plan blanc" pour tous les hôpitaux de la région.
Parmi les tensions qui justifient ce dispositif de crise activé pour faire face aux circonstances exceptionnelles, le directeur général de l'ARS a cité notamment la forte hausse des appels au 15 ou encore une hausse de moitié des passages aux urgences des plus de 75 ans.
"La plupart des patients graves" admis depuis jeudi sont "jeunes", entre 30 et 50 ans, a complété auprès de l'AFP le Dr Jérôme Cuny, responsable adjoint du Samu du Nord.
"Quelques degrés en plus se traduisent par une augmentation très forte du risque de décès" et les canicules ont des "effets en cascade" sur la mortalité, ont également expliqué à l'AFP Mathilde Pascal et Robin Lagarrigue, de l'agence sanitaire nationale Santé publique France.
- Concerts et Marche des fiertés annulés -
Pour l'heure, les premières victimes officielles de la vague de chaleur sont les événements annulés pour préserver les systèmes de santé et de secours, eux aussi en surchauffe.
La Marche des fiertés LGBT+, qui devait se tenir à Paris et Lyon samedi, a été annulée, tout comme les courses "We run" à Paris et le festival de musique Solidays, qui devait courir jusqu'à dimanche.
Le Château de Chambord a également annulé trois jours de concerts qui devaient débuter vendredi soir, avec en têtes d'affiche Orelsan, les Maroon 5 et DJ Snake.
En revanche, le meeting international d'athlétisme de dimanche est maintenu au stade Charléty à Paris, dans un "format adapté".
Plusieurs villes, dont la capitale, ont également pris des mesures d'interdiction de consommation et de vente d'alcool.
"C'est du scotch sur une plaie ouverte. S'ils voulaient faire des mesures, qu'ils plantent des arbres, qu'ils prennent des actions contre le réchauffement climatique. (...) Il fait 40 degrés, on est en train de mourir de chaud. Il serait temps d'avoir un petit peu plus d'ambition que ça", a pesté à Paris auprès de l'AFPTV Leeloo Vernet, 25 ans.
La vague de chaleur, qui s'étend vers l'est du continent, frappe durement plusieurs pays d'Europe.
Au moins 212 décès pouvant être attribués à cet épisode ont été recensés de dimanche à mercredi en Espagne, contre 98 à la même période en 2025, selon des données publiées par l'Institut de santé Carlos III à Madrid.
J.Kayser--LiLuX