RDC: Tshisekedi exclut la participation du M23 au dialogue national
Le président de la RDC Félix Tshisekedi a exclu jeudi la participation du groupe armé M23 soutenu par Kigali à un dialogue national censé réconcilier un pays à l'histoire jalonnée par des crises.
La République démocratique du Congo (RDC), pays d'Afrique centrale riche en ressources naturelles et frappé par la pire épidémie d'Ebola de son histoire, est en proie depuis 2021 à la résurgence du groupe antigouvernemental M23, qui s'est emparé de vastes pans de territoires dans l'est avec le soutien de l'armée rwandaise.
Kinshasa et le M23 se sont engagés à un cessez-le-feu en juillet 2025 à Doha, et la RDC et le Rwanda ont entériné en décembre à Washington un accord de paix, mais ni la médiation qatarie, ni la médiation américaine, n'ont permis jusqu'à présent de faire taire les armes dans l'est.
Mi-juillet, la présidence congolaise a annoncé l'organisation d'un dialogue national longtemps réclamé par l'opposition et une partie de la société civile, sans donner de précisions sur ses modalités.
Une partie de l'opposition souhaite associer à ce dialogue des représentants du M23 ou de l'ancien président Joseph Kabila (de 2001 à 2019), condamné à mort par contumace par la justice congolaise en septembre 2025 pour "complicité" avec le groupe armé.
Jeudi, Félix Tshisekedi a détaillé dans une adresse à la nation diffusée à la télévision nationale les modalités du dialogue national, en excluant toutefois la participation du M23 "en tant que composante politique".
"Le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec" le M23, "et le dialogue national ne se substituera pas à ce processus", a déclaré M. Tshisekedi lors de cette allocution, au cours de laquelle il a de nouveau exigé le retrait des "forces étrangères" du territoire congolais.
Une "voie de réintégration au sein de la communauté nationale restera néanmoins ouverte à ceux qui, à titre individuel, renoncerons de manière sincère et vérifiable à leur engagement armé et à toute forme de violence et qui condamnerons sans équivoque l'agression dont notre pays est victime", a-t-il ajouté.
Le M23, qui n'a jamais officiellement reconnu ses liens avec Kigali, n'a pas réagi à ces annonces à ce stade.
- "Compromis" -
Le dialogue, d'une "durée maximale de trois mois" sera convoqué par le Président à l'issue des travaux d'un comité de préparation qui sera institué "dans les tous prochains jours", a déclaré M. Tshisekedi.
Il doit permettre selon lui à l'ensemble des Congolais, à l'exception de "ceux qui combattent par les armes l’ordre constitutionnel", d'examiner "avec lucidité" les "fractures" du pays.
Des consultations seront d'abord organisées dans toutes les provinces du pays, puis leurs recommandations seront réunies dans un document qui servira de base à des "assises nationales" prévues à Kinshasa, la capitale.
Ces assises aboutiront à l'adoption d'un "pacte national", dont les institutions seront chargée d'appliquer les conclusions, a-t-il indiqué.
L'opposition politique congolaise fait front commun ces derniers mois contre un projet de changement de la Constitution porté par la majorité au pouvoir, qu'elle accuse d'ouvrir la porte à un troisième mandat pour M. Tshisekedi, élu en 2019 puis réélu en 2023.
Le dialogue "devra servir exclusivement la paix, l'unité nationale et l'intérêt supérieur de la République", a souligné le président congolais, invitant les responsables politiques à "renoncer à tout discours de haine" et annonçant des mesures de "décrispation politique".
"Face aux armes, aux divisions et aux blessures de l'histoire, nous avons toujours su chercher par la parole le chemin du compromis", a plaidé M. Tshisekedi.
Le M23 s'est emparé début 2025 des grandes villes de Goma et Bukavu, capitales des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu (est), frontalières du Rwanda et parmi les plus peuplées du pays.
Le chef de l'Etat congolais n'a pas précisé si leurs habitants pourraient participer à ce dialogue et dans quelles circonstances.
Mercredi, les autorités congolaises ont ordonné la suspension des activités des universités publiques situées dans les zones sous contrôle du M23, qui y a établi une administration parallèle, après avoir dénoncé des nominations "illégales" au sein de ces établissements.
D.Marques--LiLuX