Manifestations en Albanie : la "ligne rouge" a été franchie, selon le Premier ministre
Le Premier ministre albanais, Edi Rama, a déclaré lundi, au septième jour de manifestations violentes à Tirana, que la "ligne rouge" avait été franchie par des manifestants qui s'attaquent aux policiers et aux institutions, tout en proposant un "dialogue".
La capitale albanaise est depuis mardi le théâtre de scènes d'émeutes lors de manifestations auxquelles ont participé des milliers de personnes, notamment des jeunes, protestant contre de mauvaises conditions d'étude dans les universités ainsi que la corruption, et exigeant la démission du chef du gouvernement.
Tout comme les jours précédents, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour protester en milieu de journée devant le ministère de l'Éducation, ont constaté les journalistes de l'AFP.
Après un bref affrontement avec des forces de l'ordre, lors duquel ils ont lancé des pierres, les manifestants ont été dispersés par les policiers antiémeute, qui ont fait usage de canons à eau et de gaz lacrymogène.
Empêchés de s'approcher du siège du gouvernement, une vingtaine d'entre eux ont vandalisé les portes et les fenêtres du bâtiment d'une cour d'appel, avant d'être dispersés par les forces de l'ordre.
Au moins quatre manifestants ont été arrêtés et un policier a été blessé, ont constaté les journalistes de l'AFP.
"Nous poursuivrons notre mouvement jusqu'à la démission de Rama. Nous ne sommes pas des criminels. Nous voulons la paix sociale, de meilleures conditions de vie dans notre pays", a déclaré à l'AFP Leka Sira, étudiant de 22 ans.
"La violence n'est pas une solution, mais le gouvernement doit mener une profonde réflexion pour comprendre cette révolte", a-t-il ajouté.
Ces derniers jours, certains manifestants particulièrement violents ont incendié ou gravement endommagé des bâtiments de plusieurs ministères, de tribunaux, de banques, ainsi que des commerces. Ils ont mis le feu dimanche à un commissariat de police, ainsi qu'à l'entrée du ministère de l'Intérieur.
- 300 blessés -
Dans les affrontements quotidiens, environ 300 personnes ont été blessées à ce jour, pour près de deux-tiers des policiers, selon le ministère de l'Intérieur.
Visés par des salves de pierres, de cocktails Molotov et d'engins pyrotechniques, les policiers répondent régulièrement par des canons à eau, des gaz lacrymogènes et, depuis samedi, par des balles en caoutchouc.
"Les manifestations sont un droit, tandis que la violence est un crime. Cette ligne rouge doit être clairement tracée", a dit dans la matinée le Premier ministre Edi Rama, dans un message publié sur Facebook.
Il a ajouté être prêt au "dialogue avec tout le monde, sauf avec ceux qui recourent à la violence et les partis politiques qui refusent de s'en démarquer".
Lors d'une rencontre avec des membres des forces de l'ordre diffusée en direct sur son compte Facebook, le chef du gouvernement socialiste, au pouvoir depuis 2013, a salué l'engagement de la police dans ces manifestations, en annonçant une prime de 2.500 euros pour "chaque policier en première ligne".
Edi Rama, qui avait déjà accusé à plusieurs reprises des "forces étrangères" d'être derrière les troubles, a affirmé que les manifestants violents étaient "exploités" par le mouvement Antifa et des services de renseignement étrangers, notamment en ligne, en évoquant la Russie et l'Iran.
Il avait déjà dénoncé vendredi des "mains étrangères" qui visent, selon lui, à entraver le projet d'adhésion de l'Albanie à l'Union européenne (UE).
Cette escalade intervient après des mois de manifestations antigouvernementales dans ce pays des Balkans, initialement déclenchées par un projet de complexe touristique controversé lié à la famille du président américain Donald Trump.
E.Scholtes--LiLuX