Législatives en Serbie : les étudiants espèrent renverser le parti au pouvoir
"Je suis sûre que nous allons gagner" : après presque deux ans de manifestations, Macha Perepeliuc est convaincue que la liste des étudiants renversera dimanche lors des législatives anticipées le parti d'Aleksandar Vučić, formation au pouvoir depuis plus de 14 ans.
"Je suis sûre que le (lundi) 26 (octobre), nous nous réveillerons dans une Serbie libre", explique à l'AFP cette Belgradoise de 21 ans, étudiante en sciences politiques.
Pour elle et pour le mouvement des étudiants auquel elle appartient, ces élections sont l'aboutissement d'une lutte contre un gouvernement qu'ils jugent responsable d'une corruption profondément enracinée, comme l'illustre à leurs yeux le drame de Novi Sad : en novembre 2024, seize personnes sont mortes lorsqu'un auvent en béton s'est effondré sur la gare récemment rénovée.
La catastrophe a déclenché parmi les plus grandes manifestations qu'ait connues le pays depuis la chute en 2000 de Slobodan Milosevic. Les rassemblements se sont progressivement mués en une campagne contre le dirigeant populiste de droite du pays, Aleksandar Vučić, et son Parti progressiste serbe (SNS), au pouvoir depuis 2012.
- "Culte de la personnalité" -
Des dizaines de manifestants ont été arrêtés, certains accusés de comploter pour renverser l'ordre constitutionnel. Des voitures ont également foncé dans des cortèges et des hommes masqués ont agressé des manifestants.
Dimanche, la liste étudiante présentera 250 candidats, dont la plupart n'ont jamais exercé de fonctions publiques. Parmi eux, des universitaires ou des experts sans aucune affiliation partisane. Le mouvement est également resté sans chef, avec des assemblées organisées autour des facultés universitaires, qui votent pour désigner les candidats.
En face, M. Vučić a centralisé le pouvoir et cultivé l'image d'un homme d'État international indispensable, avançant sur une ligne étroite entre Bruxelles et Moscou. Démissionnaire de son poste de président pour se présenter à celui de Premier ministre, il a plusieurs fois qualifié le mouvement étudiant de tentative de coup d'État financée par l'étranger, une étiquette abondamment relayée par les médias pro-gouvernementaux.
"Nous ne cherchons pas un nouveau leader autour duquel se bâtirait un autre culte de la personnalité", prévient le site internet de la liste étudiante, dont le programme, qui va de l'amélioration de l'accès aux soins à la promotion du logement abordable, laisse une place de choix à la lutte contre la corruption.
- "Jeux politiques" du passé -
Les enquêtes d'opinion ont donné des résultats très contrastés mais, selon le politologue Dušan Vučićević, les étudiants pourraient dépasser les 40 %, nettement plus que ce que la plupart des listes d'opposition ont obtenu sous le règne du SNS.
Signe de la popularité de ce mouvement étudiant : il est à l'origine de certaines des plus grandes manifestations qu'ait connues la Serbie depuis des décennies, la plus importante ayant rassemblé environ 300.000 personnes à Belgrade en mars 2025, selon un décompte indépendant.
À mesure qu'ils marchaient à travers le pays, les étudiants ont été accueillis par les habitants des petites villes avec de la nourriture ou des feux d'artifice. "Ils ont vu de leurs propres yeux que nous arrivions, que nous frappions à leurs portes et que nous passions devant chez eux, et ils sont sortis nous saluer", raconte Neda Simonovic, étudiante en sciences des organisations.
Ce mouvement offre une alternative aux "jeux politiques" du passé, estime Radomir Saicic, candidat sur la liste étudiante. "C'est une vague de mécontentement populaire, d'espoir et de foi en la victoire qu'on ne peut pas arrêter", conclut ce professeur de chimie.
O.Bernard--LiLuX