Tennis: à Roland-Garros, trois semaines qui ont ébranlé toutes les certitudes
Lancée avant même les premiers coups de raquette par la fronde financière des meilleurs joueurs mondiaux et conclue dimanche par le sacre en tremblant d'Alexander Zverev, la quinzaine de Roland-Garros a été hors du commun.
Mercredi 20 mai. Bon nombre de journalistes internationaux ne sont pas encore arrivés à Paris, et le deuxième tour des qualifications démarre dans un relatif anonymat.
La quiétude de l'"Opening Week" - nom donné par les organisateurs de Roland-Garros à la semaine précédant le tournoi - est cependant rompue par un début de fronde au sommet du tennis mondial.
Un groupe de joueurs, dont l'identité reste floue dans un premier temps, promet de limiter ses obligations médiatiques à quinze minutes lors du "media day", une journée dévolue aux conférences de presse d'avant-tournoi.
Les quinze minutes sont une référence à la part des revenus des quatre tournois du Grand Chelem reversée aux joueurs (environ 15%), qui aimeraient la faire grimper à 22% comme sur les Masters et WTA 1000.
"Vous savez combien on vous respecte", lance la N.1 mondiale Aryna Sabalenka à la presse deux jours plus tard, lors du media day.
"Ce n'est pas contre vous, on essaie juste de se battre pour un pourcentage plus équitable" des revenus, insiste la Bélarusse, qui met elle-même fin aux questions de la presse internationale pour répondre à celles des médias nationaux et alimenter le signal international sans dépasser le délai imparti de quinze minutes.
- Crampes et insolation -
Parmi la vingtaine de joueurs, tous millionnaires, engagés dans le mouvement, certains comme la Russe Mirra Andreeva ou le Norvégien Casper Ruud dépassent allègrement le délai qu'ils s'étaient eux-mêmes fixés.
La tension redescend dès le vendredi soir, après une réunion entre des dirigeants de la Fédération française de tennis (FFT) et des représentants des joueurs que les deux camps jugent constructive.
Mais un nouveau coup de tonnerre ébranle dès le lendemain la principale salle de conférences de presse de Roland-Garros.
Un an après son forfait avant le troisième tour de Roland-Garros, causé par une fracture de fatigue au dos, le N.1 français Arthur Fils vient annoncer qu'il doit aussi renoncer à l'édition 2026.
"Ce n'est pas la même chose que l'année dernière, sans aucun doute", martèle l'un des meilleurs joueurs mondiaux du printemps, vainqueur à Barcelone et demi-finaliste à Madrid avant de se blesser en préparant le tournoi de Rome.
A cette douche froide pour les spectateurs français succède une vague de chaleur exceptionnellement précoce.
Pendant une semaine, le thermomètre dépasse largement les 30°C et n'épargne personne.
Double finaliste à Paris, le Norvégien Casper Ruud passe tout près de l'élimination dès le premier tour après une insolation.
Deux jours plus tard, le Tchèque Jakub Mensik s'effondre au sol, perclus de crampes, après sa victoire en cinq sets au deuxième tour.
"C'est insensé de jouer avec cette chaleur", cingle le futur demi-finaliste du tournoi.
Si Ruud et Mensik s'en sortent in extremis, ce n'est pas le cas du N.1 mondial et immense favori Jannik Sinner.
Programmé en milieu de journée le 28 mai, à l'heure où le soleil parisien darde ses rayons les plus chauds, le patron du circuit est éliminé dès le deuxième tour, victime d'une rarissime défaillance alors qu'il était à un jeu de la victoire contre l'Argentin Juan Manuel Cerundolo.
"Je n'avais pas d'énergie, ça peut arriver. Personne n'est un robot", glisse l'Italien, qui restait sur une invraisemblable série de 30 victoires d'affilée et visait à Paris l'unique titre du Grand Chelem qui lui échappe.
- Nouveaux visages -
Une aubaine pour Novak Djokovic, toujours en quête à 39 ans d'un 25e titre record en Grand Chelem? Non: le Serbe disparaît dès le lendemain au troisième tour, victime en cinq sets du jeune loup brésilien Joao Fonseca.
La tenante du titre Coco Gauff baisse pavillon le 30 mai, laissant orphelin de sa championne un tournoi déjà privé du double vainqueur sortant Carlos Alcaraz, forfait en raison d'une blessure au poignet droit.
Le jeu de massacre au sommet du tennis mondial fait émerger de nouveaux visages: celui du Français Moïse Kouame, parvenu jusqu'au troisième tour à 17 ans à peine, aura ainsi marqué la quinzaine.
En deuxième semaine, les températures retombent et le ciel s'assombrit. Là où Sinner avait rompu sous la canicule, Aryna Sabalenka est emportée le 3 juin en quarts de finale par les rafales de vent qui balaient le Central.
La voie est libre pour la Russe Mirra Andreeva, qui décroche quatre jours plus tard et à 19 ans seulement son premier titre en Grand Chelem, brisant le rêve de la Polonaise Maja Chwalinska (114e), devenue la première joueuse issue des qualifications à se hisser en finale de Roland-Garros.
Dimanche, au terme d'une finale parasitée par une irrépressible peur de gagner, l'Allemand Alexander Zverev décroche enfin un titre en Grand Chelem à 29 ans. Après trois échecs en finale de tournois majeurs, le N.3 mondial aura paradoxalement été le prétendant le plus apte à dompter le chaos. L'épilogue improbable de trois semaines inoubliables.
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P.Weber--LiLuX