Mondiaux de judo: le pari d'Agbégnénou se conclut sans médaille
Le pari était sans doute trop audacieux. Sept mois après avoir donné naissance à son deuxième enfant, Clarisse Agbégnénou n'est pas parvenue à décrocher de médaille aux Championnats du monde de judo, où elle visait un septième titre.
Agbégnénou, 33 ans, a été battue en quart de finale par la Hongroise Anna Kriza, puis en repêchages par la Mongole Enkhriilen Lkhagvatogoo.
"C'est nul, j'ai été nulle les deux derniers combats, vraiment, il n'y a rien à dire de plus que j'ai été nulle et que je m'attendais à me voir à un meilleur niveau", a déclaré, visiblement dépitée, la championne olympique 2020 et sextuple championne du monde.
"Je me sentais bien, pas de stress, franchement, a-t-elle poursuivi. Ce n'était pas la compétition où je devais gagner et c'est bien dommage parce qu'avec toutes les ressources que j'avais, j'ai été très, très nulle."
Exemptée de premier tour, Agbégnénou était pourtant entrée avec sérénité dans la compétition lors de son seizième de finale contre la Slovène Kaja Kajzer Zabkar, neutralisée sans grande difficulté.
- "Très frustrant" -
En huitièmes, la tâche s'annonçait plus ardue contre la coriace Canadienne Catherine Beauchemin-Pinard, médaillée mondiale et olympique, mais Agbégnénou a réussi à s'en sortir grâce à un yuko marqué sur le gong.
Puis en quart de finale, face à la Hongroise Anna Kriza, 23 ans, qu'elle avait battue lors de sa compétition de reprise à Lausanne fin août, la Française s'est montrée soudain bien moins tranchante.
Poussée à la prolongation, Agbégnénou s'est fait piéger sur un fauchage qui l'a envoyée en repêchages, où elle n'a pas trouvé les ressources pour faire la différence face à son adversaire mongole, N.2 mondiale.
"On n'était vraiment pas venu pour une septième place. Le contrat minimum, c'était une médaille", a reconnu son entraîneur Kilian Le Blouch. "C'est très frustrant."
La Française avait pourtant réalisé un bon retour à la compétition fin août au Grand Slam de Lausanne, dont elle était repartie avec une médaille de bronze prometteuse après une préparation jugée optimale.
"C'est bien dommage de se sentir comme ça et de laisser passer ça. Je n'ai rien à dire, je n'ai mal nulle part... Super, je peux rentrer chez moi maintenant! C'est horrible de se dire que tout va bien et que ça ne passe pas", a regretté Agbégnénou.
- "Le pied sur le frein" -
"Ce qui ressort le plus pour moi, c'est le fait qu'elle n'ait pas imposé son rythme", a tenté d'analyser son coach. "Quand je vois ce qu'elle est capable de produire en termes de caisse sur les matchs à l'entraînement ou sur sa dernière compétition, avoir le pied sur le frein comme ça, ce n'est pas ce que j'attendais."
La sextuple championne du monde avait déjà interrompu sa carrière après son titre olympique à Tokyo pour donner naissance en 2022 à une petite fille. Elle avait alors réussi à décrocher une sixième couronne mondiale lors de son retour, effectué onze mois après avoir accouché.
Cette fois-ci, l'échéance planétaire est arrivée plus tôt, offrant un défi encore plus relevé à la Française.
Le président de la Fédération française Stéphane Nomis a toutefois assumé son choix de sélection. "Pour certains, je n'aurais peut-être pas dû, parce qu'elle manquait de compétition avant un championnat du monde. Mais je suis content de l'avoir fait, parce que c'était un pari osé et au judo, on doit prendre des risques", a-t-il affirmé.
Après quatre jours de compétition, les Bleus en restent à deux médailles de bronze, celle de Shirine Boukli en -48 kg dimanche et celle de Dayyan Boulemtafes en -73 kg mardi.
P.Braun--LiLuX