Les rapaces chassent en fonction de la morphologie de leurs phalanges
Quand Milou se fait enlever par un Condor dans le Temple du Soleil, il le doit plus à la morphologie des phalanges de l'oiseau qu'à ses serres, selon une étude qui redessine notre connaissance de la manière de chasser des rapaces, existants ou disparus.
Les rapaces, descendants des dinosaures, sont des oiseaux définis par le fait d'être carnivores et de posséder des becs crochus et des serres recourbées.
"Dans les études passées, on essayait de catégoriser les rapaces en fonction de leur mode de prédation. Est-ce qu'ils sont spécialistes des mammifères ? Ou des oiseaux ? Et on essayait de voir comment leur morphologie allait s'aligner en fonction de ces catégories. Or, quand on pense rapaces, on pense aux serres recourbées parce que c'est ce qui impressionne le plus", explique auprès de l'AFP Myriam Amari, chercheuse au sein du laboratoire Mécanismes Adaptatifs et Évolution du CNRS/Muséum national d'histoire naturelle, ainsi qu'au département de biologie de l’École normale supérieure.
"Mais quand on donne un coup de poing, ça ne vient pas seulement du poing, ça engage aussi le haut du corps. Alors on est parti du principe qu'on allait regarder tout le membre impliqué dans la prédation", explique-t-elle.
- Multiples types de prédation -
Les rapaces présentent une grande diversité de stratégies de chasse. Mettons de côté les charognards pour ne regarder que les chasseurs-actifs: il y a ceux qui attrapent leur proie en vol, comme les faucons ; ceux qui les maintiennent au sol en utilisant leur masse, comme les aigles ou les buses ; d'autres encore, des rapaces nocturnes, qui enveloppent leur proie dans leurs serres ; plus exceptionnels sont les rapaces comme les Messagers sagittaire, capables de piétiner les serpents au sol.
Dans les collections du Muséum, avec l'aide aussi de l'Universidad Nacional de Mar del Plata, en Argentine, les chercheurs ont recueilli des données sur 37 espèces de rapaces du monde entier. Ils ont reconstitué puis mesuré leurs membres postérieurs sous toutes les coutures, avec 148 paramètres allant des longueurs aux largeurs de tous les os, en passant par les hauteurs des phalanges proximales - les plus proches du corps - ou distales - les plus éloignées -, le diamètre de la tige du fémur, du tibiotarse, du métatarse, des griffes...
"La science c'est d'abord de l'observation, et il y a une différence frappante au niveau de la forme des phalanges", indique Myriam Amari.
- Et maintenant les dinosaures -
Publiés dans la revue Zoological Journal of the Linnean Society, leurs travaux font apparaître que la morphologie des phalanges joue un rôle déterminant dans les modes de prédation.
"Les hauteurs et largeurs des phalanges distales et proximales constituent des paramètres essentiels, en particulier au niveau des troisième et quatrième doigts", notent les auteurs dans leur étude.
Ainsi, des espèces éloignées en terme d'évolution mais aux techniques de chasse similaires présentent des morphologies proches, tandis que des espèces apparentées peuvent fortement diverger.
Leurs résultats ouvrent de nouvelles perspectives pour reconstituer le mode de prédation des animaux aviens disparus, comme les aigles géants de Haast, ou les oiseaux à dents de l'époque du Crétacé.
"Quand on voit les rapaces actuels, on ne peut s'empêcher de penser aux dinosaures, et plus particulièrement aux droméosaures, dont le groupe comprend par exemple le Vélociraptor, le Deinonychus, et le Microraptor. Il y a une question que les scientifiques se posent depuis longtemps, c'est de savoir comment le Deinonychus pouvait chasser avec sa grande griffe en forme de faux", avance la chercheuse qui avoue avoir depuis toujours un "intérêt partagé pour les dinosaures et les rapaces".
Y.Erpelding--LiLuX